Ce que nous avons appris aujourd’hui
Quatre problématiques qui manquaient à nos dossiers
En préparant ce recensement, nous avons cherché ce dont nous n’avions jamais parlé. Quatre sujets sont ressortis, dont deux sérieux.
Le départ des enfants vers les sites aurifères
C’est la découverte la plus grave, et elle nous concerne directement : les localités citées incluent Mouroumgoulaye, Beboro, Goundi et Péni — Péni est une sous-préfecture du Mandoul Occidental, que la presse locale et les habitants désignent aussi comme un canton. Une association nationale, l’ARED, accompagne à ce jour 55 enfants dans son centre de Koumra, dont quinze filles, et leur propose une remise à niveau scolaire puis une formation en couture, mécanique, menuiserie, électricité et transformation des produits locaux. Les causes relevées par les sources sont la pauvreté des familles, l’abandon scolaire et la méconnaissance de ce qui attend réellement les enfants sur place. Un réseau associatif de la province mène depuis des années des campagnes de sensibilisation dans les sous-préfectures.
Trois observations pour nous. D’abord, les métiers enseignés par l’ARED sont exactement ceux de notre dossier de formation professionnelle — ce n’est pas une coïncidence, c’est la même réponse au même problème. Ensuite, la sensibilisation seule ne tient pas : tant que rester au village ne rapporte rien, partir reste rationnel. Enfin, nous ne publierons jamais le nom ni l’histoire d’un enfant concerné, et nous appliquons ici les quatre règles d’écriture de notre page Personnes vulnérables.
Le foncier, avant que Bédjondo ne grandisse davantage
Nous n’avons pas de données sur Bédjondo, mais nous en avons sur Sarh, à cent kilomètres, dans le même cadre juridique et coutumier. Une étude de 2025 y établit que la terre s’acquiert par héritage dans 52 % des cas, par achat dans 39 %, par don dans 9 % ; que les causes de conflits sont d’abord la vente d’un même terrain à plusieurs personnes (39 %), puis le dualisme entre droit coutumier et droit moderne (26 %) et le non-respect des limites (22 %) ; que les chefs traditionnels produisent et cèdent 37 % des terrains contre 16 % pour l’État ; et que les litiges fonciers représentaient 57 % des dossiers judiciaires de la ville en 2024. La population de Sarh est passée de 15 000 habitants en 1950 à 193 193 en 2023.
Bédjondo est aujourd’hui au début de cette courbe. Tout ce qui sera fait maintenant — un plan sommaire, un registre des cessions tenu par la commune, des limites de parcelles constatées par écrit devant témoins — coûte presque rien. Tout ce qui ne sera pas fait maintenant se paiera en procès dans vingt ans. Ce point rejoint nos propositions sur un village devenu ville.
L’argent : 7 % d’inclusion financière, et une fenêtre qui se ferme
Au Tchad, l’accès aux services financiers concernait 7 % de la population en 2021, et la microfinance 0,2 % de la population active, soit environ 31 000 clients pour 115 établissements agréés. La population rurale représente 78 % du total et les services financiers y sont quasi inexistants. Un projet de la Banque africaine de développement, doté de 11,2 millions d’unités de compte, soutient depuis 2021 la microfinance au service de l’entrepreneuriat des femmes et des jeunes dans neuf zones — et, fait notable, le Mandoul en fait partie. C’est l’un des rares programmes où nous sommes éligibles.
Il y a une urgence de calendrier : ce projet court sur cinq ans, de 2021 à 2026. Si une suite est préparée, c’est maintenant qu’il faut y figurer. Cette problématique éclaire aussi notre caisse d’entraide : dans un pays où 99,8 % des actifs n’ont pas accès au microcrédit, une caisse villageoise n’est pas un supplément d’âme, c’est le seul établissement financier accessible.
Lire et écrire, et dans quelle langue
La direction nationale de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales conduit des programmes touchant environ 140 000 apprenants par an sur l’ensemble du territoire. Une enquête pilote menée en décembre 2023 auprès de 840 personnes dans six provinces a utilisé trois langues : le français, l’arabe tchadien et le sar. Parmi les difficultés que cette direction reconnaît elle-même figure « l’identification, la codification et la transcription des langues nationales ».
Cela relie deux travaux que nous menions séparément : l’alphabétisation des adultes, et la documentation de la langue bedjond. Une langue codifiée et transcrite devient une langue dans laquelle on peut apprendre à lire ; une langue qui ne l’est pas reste une langue dans laquelle on ne fait que parler.