Bédjondo n’est plus un village. Chef-lieu du département du Mandoul Occidental, érigée en commune dotée d’un maire et d’un conseil, carrefour des cantons de Bébopen, Nderguigui et Yomi et de la sous-préfecture de Péni, la ville a grandi avec le temps, au rythme des naissances, des retours et des installations. Mais elle a grandi sans être modernisée : les quartiers se sont étendus sans plan, les équipements qu’attend une ville — eau courante, électricité, voirie praticable en toute saison, assainissement, marché aménagé, services de santé et d’éducation à la hauteur — n’ont pas suivi. Bédjondo a la taille d’une ville et, pour l’essentiel, les infrastructures d’un village. Cet article pose ce constat et avance des propositions concrètes, que la thématique Désenclavement & urbanisation du Pôle II a vocation à porter.

Ce que disent les données

Les chiffres publics sont rares, mais ils racontent déjà l’essentiel. Au recensement de 1993, le centre urbain de Bédjondo comptait 4 344 habitants ; au recensement de 2009, 11 086 — la population a donc été multipliée par 2,5 en seize ans, bien plus vite que la province du Mandoul dans son ensemble (397 230 à 628 065 habitants sur la même période, soit +58 %). Aucun recensement n’a été publié depuis ; si la croissance s’est seulement poursuivie au rythme provincial, Bédjondo dépasse aujourd’hui très probablement les 15 000 habitants, et les résultats du troisième recensement (RGPH-3) permettront bientôt de le savoir. Bédjondo est ainsi, après Koumra, Moïssala et Goundi, l’une des principales agglomérations du Mandoul.

Sur le plan institutionnel, Bédjondo est une commune : son maire, Tin-Adoum Constant, a ouvert le 14 janvier 2026 la session budgétaire du conseil communal, en présence du préfet du Mandoul Occidental, Maïmara Abba Adji, et a appelé les conseillers à « rehausser le statut de la commune dans le respect du plan de développement communal ». Il existe donc un cadre légal, un budget et un plan de développement communal — c’est là que nos propositions doivent s’inscrire. Au Tchad, la loi confie aux communes l’urbanisme et l’habitat (permis de construire, domaine public), l’hygiène et l’assainissement, la voirie urbaine, les marchés, les centres de santé et les écoles, avec des ressources propres (impôt foncier, patentes, droits de marché) et des transferts de l’État. Les compétences existent ; ce qui manque le plus souvent, ce sont les moyens et les études.

Sur le terrain, quelques faits documentés : en juillet 2025, la deuxième édition de la cérémonie d’excellence de Bédjondo, financée par un fils de la localité, a honoré les lauréats du baccalauréat — 192 admis sur 357 candidats, un chiffre qui dit la taille de la jeunesse scolarisée de la ville et de ses environs. En novembre 2023, les femmes de Bédjondo ont demandé à la ministre de la Femme, en visite, un accès au microcrédit et la construction d’un pont sur l’axe Bédjondo–Békamba « pour faciliter l’écoulement de leurs produits agricoles » ; les habitants de Hoblo, dans la sous-préfecture de Péni, signalaient quant à eux en 2023 un pont coupé en deux qui oblige, pour les urgences médicales, à un long détour par Bédjondo. Côté santé, la commune dépend de l’hôpital provincial de Koumra pour les cas graves, tandis que le centre de santé voisin de Békamba vient d’être érigé en district sanitaire en 2026. Ces éléments confirment le constat : une ville qui grandit, une jeunesse nombreuse, des routes et des ponts qui cèdent, un plateau sanitaire à renforcer.

Un principe avant tout : planifier avant de bâtir

Une ville qui grandit sans plan finit par coûter très cher à corriger : des maisons construites dans le lit des eaux de pluie, des rues trop étroites pour un camion ou une ambulance, aucun terrain réservé pour une école, un marché ou un château d’eau. La première proposition n’est donc pas un chantier mais une méthode : avant de lancer quoi que ce soit, doter Bédjondo d’un schéma d’aménagement simple, partagé avec les autorités traditionnelles et administratives, et s’y tenir. Tout le reste en découle. Une précaution s’ajoute à cette méthode, et elle ne coûte rien tant qu’on y pense avant : un schéma d’aménagement doit porter les périmètres des lieux sacrés et des sépultures, faute de quoi un lotissement tracé sur une carte vierge passera là où il ne devrait pas, et l’erreur sera irréversible dès la première fondation ; voir Lieux sacrés et sépultures.

Douze propositions pour une ville moderne

1. Un plan d’urbanisme et un lotissement

Établir un plan de la ville telle qu’elle est (quartiers, voies, points d’eau, équipements existants) puis un plan de ce qu’elle doit devenir : tracé des voies principales et secondaires, zones d’habitation, zones réservées aux équipements publics, zones à ne pas bâtir (bas-fonds, couloirs d’écoulement des eaux). Un lotissement régulier des nouveaux quartiers, avec des parcelles bornées, évite les conflits fonciers et permet d’apporter ensuite l’eau et l’électricité à moindre coût. Ce travail peut commencer avec des moyens modestes : relevés GPS par des jeunes formés, images satellite libres, appui d’urbanistes et de géomètres de la diaspora.

2. Un cadastre et un adressage des rues

Nommer les rues, numéroter les concessions, tenir un registre des parcelles. Un adressage simple rend possibles le courrier, les secours, le recensement des besoins, et il sécurise les familles dans leur propriété. C’est aussi une base pour une future fiscalité locale, sans laquelle aucune commune ne peut entretenir ce qu’elle construit.

3. Une voirie praticable en toute saison, avec son drainage

Aménager en priorité les axes structurants : l’entrée et la traversée de la ville, l’accès au marché, au centre de santé et aux écoles. Une route en terre bien profilée, avec des caniveaux et des ponceaux aux passages d’eau, vaut mieux qu’un revêtement sans drainage qui se dégrade à la première saison des pluies. Prévoir un entretien régulier par des équipes locales (cantonnage) plutôt que d’attendre la prochaine réhabilitation. La ville est desservie par la route nationale ; ce qui manque, c’est la voirie intérieure — rues aménagées, caniveaux, exutoires — et les liaisons entretenues vers les cantons, qui relèvent du même chantier et du plaidoyer auprès de l’État.

4. L’eau potable pour tous les quartiers

Précision du 17 septembre 2026 : Bédjondo dispose déjà d’un château d’eau et d’un réseau de distribution, mais celui-ci ne desservirait qu’un seul village de la commune et s’arrête fréquemment faute de carburant pour le pompage. La proposition n’est donc pas de construire, mais d’étendre et de solariser : convertir le pompage existant à l’énergie solaire avec stockage, ce qui supprime les interruptions de service, puis prolonger le réseau vers les autres quartiers avec des bornes-fontaines et des branchements privés pour ceux qui le peuvent, en ajoutant au besoin un forage à gros débit. Chaque point d’eau doit avoir un comité de gestion et un tarif qui couvre l’entretien — c’est la condition pour que l’eau coule encore dans cinq ans. Cette proposition rejoint la thématique Eau, énergie & connectivité.

5. L’électricité par le solaire, et l’éclairage public

Plutôt que d’attendre une extension du réseau conventionnel, viser un mini-réseau solaire à l’échelle de la ville ou des quartiers, alimentant les équipements publics (centre de santé, écoles, marché, pompage de l’eau) et les commerces, complété par des kits solaires pour les foyers. Des lampadaires solaires sur les axes principaux et autour du marché changent la vie d’une ville : sécurité le soir, activité économique prolongée, élèves qui peuvent étudier. C’est l’orientation « énergies renouvelables » déjà inscrite dans nos thématiques.

6. L’assainissement et la gestion des déchets

Une ville sans assainissement est une ville malade. Proposer un dispositif adapté et progressif : latrines améliorées dans chaque concession et dans les lieux publics, collecte des ordures par quartier (charrettes, tricycles), une décharge contrôlée à l’écart des habitations et des points d’eau, un comité d’hygiène par quartier et des journées de salubrité. Les déchets organiques peuvent être compostés au bénéfice des champs. Sujet partagé avec la thématique Santé & prévention.

7. Un marché aménagé et une gare routière

Le marché est le cœur économique de Bédjondo. Il mérite des hangars couverts, des étals en dur, un magasin de stockage, des latrines, un point d’eau, un éclairage et un espace de chargement. À côté, une gare routière organisée (abri, stationnement, petit commerce) structure les liaisons vers les cantons et les villes voisines et rapporte des recettes à la ville. Ce chantier intéresse directement les femmes qui tiennent le marché et la thématique Agriculture, élevage & sécurité alimentaire.

8. Des services de santé à la hauteur d’un chef-lieu

Faire l’inventaire précis de l’offre de soins actuelle (centre de santé, maternité, pharmacie, personnel, équipements) et bâtir un plaidoyer pour un plateau technique digne d’un chef-lieu de département : maternité fonctionnelle, laboratoire de base, énergie et eau garanties, moyen d’évacuation vers l’hôpital de référence. Les mutuelles de santé soutenues dans le Mandoul offrent une piste pour l’accès financier aux soins.

9. Des écoles et un lieu de formation

Une ville forme sa jeunesse ou la perd. Recenser les établissements existants et leurs manques (salles, enseignants, latrines, eau), puis viser un collège-lycée complet et bien doté, une bibliothèque et un espace de formation professionnelle (métiers du bâtiment, de l’eau, de l’électricité solaire, de l’agro-transformation) : ce sont précisément les métiers dont la modernisation de Bédjondo aura besoin. Chantier commun avec Jeunesse & réussite.

10. La connectivité et un espace numérique

Une couverture mobile et internet fiable, puis un espace numérique communautaire (ordinateurs, connexion, énergie solaire) au service des élèves, des administrations locales, des commerçants et de la diaspora. Le Pôle IV — Numérique & innovation peut y appuyer la cartographie de la ville, le cadastre et les services aux habitants.

11. Des espaces publics, sportifs et culturels

Une place publique arborée, un terrain de sport aménagé, un lieu pour la culture et les fêtes : ce sont des équipements de ville, pas un luxe. Ils donnent aux jeunes une raison de rester, offrent un cadre aux festivals qui existent déjà, et affirment que Bédjondo est le centre du pays bedjond. La plantation d’arbres le long des axes et autour des équipements rejoint la thématique Environnement & ressources naturelles.

12. Appuyer la commune et son plan de développement

Aucune de ces propositions ne tiendra sans une instance qui pilote, entretient et rend des comptes. Cette instance existe : c’est la commune de Bédjondo, son maire et son conseil, et son plan de développement communal. ADEB LONODJI propose de travailler avec elle plutôt qu’à côté : mettre à sa disposition les compétences de la diaspora (urbanistes, géomètres, ingénieurs) pour les études qu’elle ne peut financer, aider à constituer les dossiers de financement, et animer un cadre de concertation réunissant commune, chefferie traditionnelle, quartiers, femmes, jeunes et associations autour des priorités du plan. Renforcer les ressources propres de la commune — droits de marché, impôt foncier rendu possible par le cadastre — est la condition pour que ce qui est construit soit ensuite entretenu. La thématique Gouvernance & plaidoyer en est le relais naturel.

Comment nous proposons de procéder

Première étape — le diagnostic. Avant les grands projets, un état des lieux honnête, quartier par quartier : ce qui existe, ce qui fonctionne, ce qui manque. Habitants, chefs de quartier, enseignants, agents de santé, commerçants en sont les premiers informateurs ; les techniciens de la diaspora peuvent aider à le mettre en forme. Deuxième étape — la priorisation. Tout ne peut pas se faire en même temps ; le comité de développement choisit deux ou trois chantiers de départ, visibles et réalisables (par exemple : le plan d’aménagement, un axe drainé, l’éclairage solaire du marché). Troisième étape — le plaidoyer et les partenariats. Porter ces priorités auprès de l’État, de la province et du département, des programmes de coopération présents au Mandoul, des ONG et des bailleurs, avec la cellule Financement & ressources et la diaspora. Une association ne construit pas une ville ; elle peut en être l’architecte de la volonté commune.

Ce que nous ne savons pas encore

Par honnêteté : nous n’avons trouvé aucune donnée publiée sur la population actuelle de Bédjondo (le dernier chiffre officiel date de 2009), ni sur le contenu et le budget du plan de développement communal, ni sur le nombre de forages fonctionnels, de salles de classe, de lits ou d’agents de santé, ni sur l’état de l’électrification et de la couverture mobile. Nous n’avons pas trouvé non plus de projet d’infrastructure en cours qui cite nommément la ville. Ces propositions sont donc un cadre, pas un diagnostic. Le diagnostic, c’est à vous de nous aider à le faire : si vous vivez à Bédjondo, si vous siégez au conseil communal ou travaillez dans ses services, si vous êtes urbaniste, géomètre, ingénieur, hydraulicien, électricien, agent de santé ou simple habitant qui sait où l’eau manque, écrivez-nous ou rejoignez la thématique Désenclavement & urbanisation, qui attend encore son coordonnateur.

Sources : recensements de 1993 et 2009 (RGPH1, RGPH2, INSEED) tels que repris par City Population et par le tableau « Évolution de la population urbaine — Tchad » ; Alwihda Info, session budgétaire de la commune de Bedjondo (15 janvier 2026), cérémonie d’excellence (juillet 2025), visite de la ministre de la Femme (novembre 2023) et fête de l’indépendance (août 2026) ; Tchadinfos, pont de Hoblo (janvier 2023) et district sanitaire de Békamba (juin 2026) ; SNG-WOFI, fiche Tchad sur les compétences et finances des communes. Les propositions sont celles d’ADEB LONODJI ; l’estimation de population actuelle est une simple extrapolation, à confirmer par le RGPH-3.

Partager
← Retour aux actualités