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Objet : plaidoyer pour l’éducation à Bédjondo et dans le Mandoul Occidental
Destinataires : Ministère de l’Éducation nationale et de la Promotion civique ; Délégation provinciale de l’éducation nationale du Mandoul ; Inspection départementale du Mandoul Occidental ; Programme de qualité de l’éducation de base (ProQEB, Enfants du Monde) et Bureau de la coopération suisse ; UNICEF Tchad ; commune de Bédjondo
Copie : Monsieur le Maire et le conseil communal de Bédjondo ; Monsieur le Préfet du Mandoul Occidental ; les élus provinciaux et nationaux du Mandoul
Date : 17 septembre 2026

Mesdames et Messieurs,

La déscolarisation des filles, la situation des jeunes mères et celle des enfants sans soutien font l’objet d’un dossier distinct : Jeunes mères, orphelins, personnes isolées.

Chaque année, des centaines d’enfants et de jeunes de Bédjondo et des cantons du Mandoul Occidental entrent à l’école, passent le baccalauréat (ils étaient 357 candidats dans la localité en 2025, 192 admis) et se demandent ensuite quoi faire dans une ville qui n’offre ni formation ni emploi. Ils le font dans des classes surchargées, avec des enseignants trop peu nombreux et souvent non payés, sans eau ni latrines, à la lampe. ADEB LONODJI, Association de Développement et d’Entraide de Bédjondo, qui rassemble Bédjondo et sa diaspora au service de tous ses habitants, porte par la présente un plaidoyer simple : les enfants de Bédjondo ont droit à une école qui leur donne une chance. Nous exposons le constat, ce qu’une bonne école rendrait possible, ce que nous demandons, et ce que nous nous engageons à faire.

1. Le constat

Les chiffres nationaux, publiés par l’UNICEF en 2024, disent l’ampleur du défi : 72,6 élèves par enseignant au primaire, des classes de 83 élèves en moyenne, un manuel de lecture pour deux élèves et un manuel de mathématiques pour trois, sept élèves par place assise, un taux d’abandon de 21 % ; moins de la moitié des écoles ont des latrines fonctionnelles, à peine 30 % des écoles rurales ont accès à l’eau, 8 % ont une cantine ; et parmi les maîtres communautaires, qui font tourner une grande part des écoles, moins d’un sur cinq a le baccalauréat. Les filles ont moins de chances que les garçons d’entrer à l’école et d’y rester. Dans le Mandoul, le ProQEB, financé par la coopération suisse, a construit trente salles de classe, formé des milliers d’enseignants et de directeurs et ouvert des centres d’alphabétisation pour les filles ; mais sa phase s’est achevée le 31 décembre 2025 — « le ProQEB s’en va, mais le ministère compte sur vous », disait son coordonnateur à Koumra — et la question de la relève est ouverte. À Bédjondo même, ce que rapportent nos membres et les habitants : des salles en paillote, des maîtres communautaires payés par les parents avec des mois de retard, un lycée sans laboratoire ni bibliothèque, aucune formation professionnelle, et des bacheliers qui partent. Nous ne disposons d’aucune donnée publique sur les établissements de Bédjondo, leurs effectifs et leur personnel : c’est notre première demande.

2. Ce qui rend le plaidoyer réaliste aujourd’hui

L’État s’est doté d’une Politique nationale enseignante 2024–2030 et d’une stratégie de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène en milieu scolaire 2018–2030. Le Mandoul a été pendant sept ans une province d’intervention du ProQEB, avec des acquis — enseignants formés, directeurs formés, matériel didactique — sur lesquels bâtir. La coopération suisse maintient l’éducation parmi ses priorités au Tchad, et la Suisse comme l’UNICEF financent des programmes d’infrastructures scolaires et de cantines. Le solaire permet d’éclairer une salle d’examen et d’alimenter une salle informatique sans réseau. Et la cérémonie d’excellence qui honore chaque été, sur la place publique de Bédjondo, les lauréats du baccalauréat et les artistes montre qu’une communauté est mobilisée derrière son école. Autrement dit : les politiques et les partenaires existent ; il manque que Bédjondo, chef-lieu de département, soit une cible nommée.

3. Ce qu’une bonne école rendrait possible

Des classes à taille humaine avec des enseignants formés et payés, c’est des enfants qui apprennent réellement à lire et à compter. De l’eau et des latrines, c’est des filles qui restent à l’école après la puberté. Une cantine, c’est des élèves attentifs et des familles soulagées. Un lycée avec laboratoire, bibliothèque et salle informatique, c’est des bacheliers compétitifs. Une formation professionnelle aux métiers dont Bédjondo a besoin — bâtiment, eau, solaire, agro-transformation, numérique — c’est des jeunes qui construisent la ville au lieu de la quitter. Et une bibliothèque, avec le fonds bedjond et sara que nous constituons avec les bibliothèques du département, c’est une jeunesse qui connaît son histoire.

4. Ce que nous demandons

Au ministère, à la délégation provinciale et à l’inspection :

  • publier l’état des lieux des établissements de Bédjondo et des cantons (effectifs, salles, personnel, statut des maîtres)
  • affecter des enseignants qualifiés et régulariser la situation des maîtres communautaires
  • remplacer les salles en matériaux précaires par des salles en dur avec eau et latrines
  • doter le lycée de Bédjondo d’un laboratoire, d’une bibliothèque et d’une salle informatique

Au ProQEB, à la coopération suisse et aux partenaires : organiser la relève des acquis du ProQEB dans le Mandoul Occidental (formation continue, matériel didactique, alphabétisation des filles) et inclure les écoles de Bédjondo dans les programmes d’infrastructures scolaires, d’eau et de cantines.

Au ministère de la Formation professionnelle : ouvrir à Bédjondo une offre de formation professionnelle courte, adossée au lycée, dans les métiers du bâtiment, de l’eau, du solaire, de l’agro-transformation et du numérique.

À la commune : réserver dans le plan d’aménagement les terrains scolaires, garantir l’eau et l’électricité solaire des établissements, et soutenir l’association des parents d’élèves.

5. Ce qu’ADEB LONODJI s’engage à faire

ADEB LONODJI s’engage :

  • à équiper en solaire une première salle d’examen et de révision du lycée de Bédjondo avec sa diaspora
  • à mettre en place un réseau de parrainage reliant cadres et étudiants bedjond aux élèves de la ville, et un fonds de bourses pour les lauréats méritants, en lien avec la cérémonie d’excellence
  • à constituer avec les bibliothèques du Mandoul Occidental un fonds documentaire accessible aux élèves
  • à réaliser, avec les enseignants et les parents, l’inventaire des établissements et de leurs manques
  • à rendre compte publiquement des réponses reçues au présent plaidoyer

Ce que nous ne savons pas, et ce que nous demandons pour cela

Nous n’avons trouvé aucune donnée publique à l’échelle de Bédjondo sur les établissements scolaires, leurs effectifs et leur personnel, ni sur les projets éventuellement programmés pour le Mandoul Occidental. Nous demandons respectueusement aux destinataires de bien vouloir nous communiquer ces informations, de désigner un interlocuteur, et de nous indiquer par quelle première mesure ils entendent commencer. ADEB LONODJI se tient à leur disposition.

Pour ADEB LONODJI,
l’animateur de l’association, Bignéro Moïalbéi LE MADANG,
avec le bureau exécutif : Adoumbé Maoura, président ; Salomon Ngarbaye, secrétaire général.

Sources : UNICEF, Data Must Speak Tchad, 2024 (ratio élèves/enseignant, taille des classes, manuels, abandon, eau et latrines, maîtres communautaires) ; Tchadinfos, 29 octobre 2025, et N’Djamena Hebdo (bilan et fin de phase du ProQEB au Mandoul) ; Politique nationale enseignante du Tchad 2024–2030 (UNESCO/Teacher Task Force) ; Stratégie nationale de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène en milieu scolaire 2018–2030 ; Alwihda Info, 20 juillet 2025 (cérémonie d’excellence de Bédjondo : 357 candidats, 192 admis au baccalauréat). La situation locale décrite est celle rapportée par les membres et habitants. Ce plaidoyer s’inscrit dans les thématiques Jeunesse & réussite et Recherche & savoirs. Tous nos plaidoyers et leur suivi : Nos plaidoyers. Également disponible sur la page Documents.

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