Le sous-sol du Mandoul Occidental : ce que l’on sait, et ce qu’il faut préparer.
On dit souvent que notre sous-sol est prometteur : le pétrole est exploité depuis 2003 dans le bassin voisin de Doba, nos ancêtres fondaient un minerai de fer local, et l’or attire déjà des jeunes du département vers le Nord. Cette page fait le point, source par source : ce qui est établi, ce qui ne l’est pas encore, ce que Doba nous apprend, et ce que nous proposons pour que, si des ressources sont un jour exploitées ici, elles profitent d’abord à ceux qui vivent dessus.
7 constats sourcés6 inconnues5 propositions
2003début de l’exploitation du bassin de Dobainaugurée le 10 octobre 2003
5 %du territoire tchadien couvert par des levés géophysiques aéroportésBanque mondiale, août 2023
4,5 %des revenus pétroliers directs réservés en 1999 à la région productriceloi n° 001/PR/1999
?gisement connu dans le Mandoul Occidentalaucune source publique trouvée au 30 septembre 2026
Ce que l’on sait
Un voisin producteur, un sous-sol encore peu connu.
Chaque constat renvoie à une source publique, lue le 30 septembre 2026. Aucune ne situe à ce jour un gisement dans le département lui-même.
Le pétrole est exploité chez le voisin depuis 2003
Le bassin de Doba est en exploitation depuis son inauguration le 10 octobre 2003 ; ses champs (Komé, Bolobo, Miandoum, Nya, Moundouli, Maikeri, Timbré) étaient conduits par le consortium mené par Esso, autour de Doba, chef-lieu du Logone Oriental. En 2023, le Parlement de transition a nationalisé les actifs d’ExxonMobil au Tchad.
En 2014, United Hydrocarbon annonçait du pétrole au puits Belanga North-1, dans le bassin de Doba. En mars 2025, le gouvernement annonçait l’entrée en production du champ de Belanga pour le troisième trimestre 2025. Nous ne savons ni si elle a eu lieu, ni où se trouve précisément le champ.
ERHC Energy a signé en 2011 un contrat de partage de production pour le bloc BDS 2008 (41 800 km²), qui couvre des zones des bassins de Doseo et de Doba. Nous n’avons pas trouvé ce que ce bloc couvre dans le Mandoul, ni s’il est toujours actif.
Des campagnes sismiques tout autour, aucune localisée chez nous
Au Tchad, environ 30 000 km de sismique 2D et 600 km² de 3D avaient été acquis en 2012, pour plus de 150 puits d’exploration. Dans le sud, Glencore a acquis avec BGP, entre 2011 et 2015, quatre levés 3D (1 200 km²) et 216 lignes 2D (4 500 km) ; en 2017, Delonex a commandé 400 km de 2D et 1 200 km² de 3D sur le bloc H, dans le bassin de Doba. Le bassin de Doseo, voisin oriental de celui de Doba, s’étend sur environ 450 km d’ouest en est : une étude de 2023 y recense environ 25 000 km de 2D, 1 200 km² de 3D et 24 puits. Sur le bloc BDS 2008, ERHC a fait en 2014 un levé gravimétrique et magnétique aéroporté de 4 720 km et annonçait ensuite une campagne 2D, dont nous n’avons trouvé aucune trace. Aucune de ces sources ne situe une ligne sismique ou un puits dans le Mandoul Occidental, ni ne dit si le bassin de Doseo passe sous le département.
Selon la Banque mondiale, les levés géophysiques aéroportés ne couvrent que 5 % du territoire tchadien. Dire que le sous-sol du Mandoul Occidental est prometteur est donc une hypothèse raisonnable, au voisinage d’un bassin producteur : ce n’est pas encore un fait établi.
Dans le pays sara, le fer venait d’un minerai local, extrait puis fondu dans des hauts fourneaux par des fondeurs installés dans les régions riches en minerai ; c’est le fer, plutôt que les cauris ou le bétail, qui servait de monnaie au sud du lac Tchad (Josette Rivallain, ORSTOM, 1988). Les Ndjan, à l’origine de Bédjondo et de Bédaya, sont reconnus pour leur maîtrise de cette métallurgie. Les équipes sismiques ont rencontré dans certaines zones du sud du Tchad des sols argileux rouges riches en fer et de la latérite en surface, sans que la source dise où ; une latérite ferrugineuse n’est pas pour autant un minerai exploitable. Qu’il existe aujourd’hui dans le département un minerai de fer exploitable en quantité, aucune source publique que nous avons consultée ne le dit : c’est à vérifier.
L’or, pour l’instant, est ailleurs — et il attire nos enfants
L’orpaillage au Tchad est signalé dans le Nord, au Tibesti, depuis 2012. Notre diagnostic territorial documente déjà le départ d’enfants du département vers les sites aurifères du Nord, Péni étant expressément citée.
Nous ne les avons trouvées dans aucune source publique. Quiconque détient une réponse documentée peut nous l’écrire : elle sera publiée avec sa source.
Si un permis pétrolier, minier ou de carrière couvre aujourd’hui tout ou partie du Mandoul Occidental, au profit de qui, et jusqu’à quand : nous n’avons pas trouvé de carte des permis publiée en ligne.
Si des lignes sismiques ou des puits ont déjà traversé le département : des dizaines de milliers de kilomètres ont été acquis dans les bassins voisins, mais aucune source publique n’en donne le tracé.
Où se trouvaient les minières et les hauts fourneaux des anciens fondeurs, et ce que vaut aujourd’hui le minerai de fer du département : teneur, étendue, profondeur. Aucune analyse publique ne le dit.
S’il existe des sites d’orpaillage ou des carrières en activité dans le département (sable, gravier, latérite, argile), et qui les autorise.
Ce que la région productrice a reçu au titre de sa part des revenus pétroliers : le rapport ITIE 2018 n’a pas pu obtenir ces données de l’organe qui la gère.
L’état initial de l’eau et des sols du département : sans lui, aucun dommage futur ne pourra être prouvé.
Les leçons de Doba
Plus de vingt ans de pétrole, juste à côté de chez nous.
Le Logone Oriental a vécu ce que le Mandoul Occidental pourrait vivre. Ce qui s’y est passé dit ce qu’il faut fixer avant, pas après.
Une part locale écrite dans la loi…
La loi n° 001/PR/1999 réservait à la région productrice du Sud 4,5 % des revenus pétroliers directs, en financement supplémentaire. Le Tchad adhère à l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) depuis le 20 août 2007 ; selon le rapport ITIE 2018, la gestion des revenus pétroliers relevait alors de la loi n° 02/2014.
La révision de la loi, fin 2005, a supprimé le fonds pour les générations futures et porté de 15 à 30 % la part versée au budget général. En 2021, un reportage à Komé rapporte que l’électricité des installations n’a jamais atteint les villages voisins et que des bâtiments financés par la part régionale ont été construits « dans des endroits absurdes ».
Une ressource ne profite pas d’elle-même à ceux qui vivent dessus. Les règles se fixent avant le premier forage, pas après : qui est consulté, ce qui est protégé, ce qui revient au territoire, et comment on le vérifie.
Nos propositions
Fixer les règles avant le premier forage.
Propositions du 30 septembre 2026, à valider par le bureau de l’association. Elles ne supposent aucun gisement : elles valent pour une carrière de latérite comme pour un puits de pétrole.
État · ministères du Pétrole et des Mines. Publier les permis pétroliers, miniers et de carrière qui couvrent le Mandoul Occidental (titulaire, dates, périmètre), et le tracé des lignes sismiques et des puits déjà réalisés sur le département. Le Tchad ayant adhéré à l’ITIE, ces informations ont vocation à être publiques.
Préfecture · sous-préfectures. Informer par écrit la commune et les chefs de canton avant tout levé, forage ou ouverture de site, et réunir les communautés concernées avant les travaux, pas après. Gouvernance locale
Commune · chefferies. Inscrire au plan communal le périmètre des lieux sacrés et des sépultures avant toute exploration, et garantir par écrit les compensations foncières. Lieux sacrés et sépultures
Opérateurs, s’il y en a. Publier un état initial de l’eau et des sols avant les travaux ; recruter et former d’abord dans le département ; faire profiter les villages voisins de l’électricité produite sur les sites. Plaidoyer formation professionnelle · Plaidoyer électricité
Écrire. Demander par écrit aux ministères la carte des permis et des levés sismiques couvrant le département, et publier la réponse — ou le silence.
Documenter. Rassembler dans la bibliothèque les études publiques sur la géologie du pays bedjond et du bassin de Doba. Bibliothèque
Enquêter. Mener l’enquête de terrain sur les départs vers les sites aurifères, toujours à deux enquêteurs, sans que les fiches remplies quittent le bureau. Enquêtes de terrain
Rester indépendants. N’accepter aucun financement d’une société extractive sans le publier.
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